Trump est revenu au pouvoir. Par décret, il a supprimé le ministère de l’Éducation et retiré les États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé. Dès les premiers jours, le décor est posé. Ce n’est pas un mandat, c’est une opération.
Derrière cette transformation, un document : Project 2025, rédigé par la Heritage Foundation et coordonné par plus de cinquante groupes conservateurs. Plus de 900 pages de directives, méthodiquement organisées pour démanteler l’État fédéral, supprimer les contre-pouvoirs et installer une vision religieuse et autoritaire dans les institutions.
Ce document ne présente pas un programme. Il détaille une prise de contrôle. Chaque page est un mode d’emploi. Chaque ministère est une cible. Chaque poste est une position à reprendre. Le titre du rapport ne ment pas : Mandate for Leadership.
Le cœur de cette stratégie repose sur quatre piliers. Ensemble, ils forment l’ossature d’une gouvernance verticale, idéologisée, centralisée.
Les quatre piliers de Project 2025
Le premier pilier est un manuel détaillé. Il constitue une cartographie complète de l’État fédéral, indiquant les lois à abroger, les organes à démanteler, les programmes à réorienter. C’est un plan de bataille.
Le deuxième pilier repose sur une base de données de personnel. Elle recense des milliers de profils sélectionnés et formés pour remplacer rapidement les cadres jugés “woke”, progressistes, ou simplement indépendants. Cette base est déjà constituée.
Le troisième pilier est une académie présidentielle. Elle forme les futurs hauts fonctionnaires à la nouvelle doctrine, en rupture avec la neutralité administrative. L’objectif est d’avoir une armée civile alignée idéologiquement, opérationnelle et obéissante.
Le quatrième pilier est un plan opérationnel. Le jour de l’investiture, les équipes de transition sont déployées dans chaque département. Leur mission : remplacer, verrouiller, exécuter.
La famille comme fondement politique

The Bellelli Family
Edgar Degas 1858 – 1869
Le Projet 2025 ne commence ni par la défense, ni par l’économie. Il commence par la famille. Et ce n’est pas une coïncidence. Pour les stratèges conservateurs, la décomposition de la structure familiale est la matrice de toutes les autres crises : criminalité, pauvreté, échec scolaire, déclin moral, perte de repères religieux.
Le rapport affirme que 40 % des enfants américains naissent de mères non mariées, et plus de 70 % chez les enfants afro-américains. Cette statistique est présentée comme la preuve d’un effondrement structurel, causé selon eux par des décennies de politiques publiques laxistes, féministes et antichrétiennes.
« Il n’existe aucun programme gouvernemental capable de combler le vide dans l’âme d’un enfant causé par l’absence d’un père. » (Mandate for Leadership, p. 21)
Le texte va plus loin : l’État est accusé d’avoir remplacé la figure paternelle, favorisé la dépendance, détruit la responsabilité. Pour corriger cela, le projet préconise une série de mesures ciblées : suppression des pénalités fiscales au mariage, obligation de travailler pour accéder aux aides sociales, recentrage de l’éducation sexuelle autour de l’abstinence, insertion de la promotion du mariage dans les cliniques de planning familial et les écoles publiques.
« Il est temps pour les décideurs de faire de la formation, de l’autorité et de la cohésion familiale leur priorité politique absolue. » (Mandate for Leadership)
Ce que Project 2025 met en place, ce n’est pas une politique familiale. C’est une architecture idéologique où la famille devient un instrument d’ordre. Un outil moral. Une frontière politique.
Ce que le projet veut éliminer
Cible institutionnelle | Mesures prévues |
Ministère de l’Éducation | Suppression totale, retour des compétences aux États, économies de 17 milliards de dollars |
Système d’accréditation universitaire | Libéralisation complète, fin du monopole des grandes agences, promotion d’accréditeurs religieux |
Études étrangères dans les universités | Fin des subventions aux “area studies” jugées anti-américaines (Chine, islam, décolonialisme) |
Département de la Justice (DOJ) | Recentrage du pouvoir judiciaire sous l’autorité directe du président et du procureur général |
Agences internationales (OMS, ONU) | Retrait complet, dénonciation des traités, retour à la souveraineté unilatérale |
Ce que le projet veut imposer
Principe affirmé | Moyens et objectifs concrets |
Famille chrétienne traditionnelle | Financement public massif des écoles religieuses, criminalisation des transitions de genre pour mineurs |
Souveraineté juridique nationale | Retrait du droit international, dénonciation des traités, rejet du multilatéralisme |
Capitalisme radical | Dérégulation complète des marchés, suppression des protections environnementales et sociales |
Liberté religieuse version évangélique | Priorité à la conscience religieuse sur tous les autres droits civiques, y compris les droits LGBT+ |
Antiwokisme institutionnel | Suppression des politiques DEI, fin des formations à l’inclusion, interdiction des programmes liés au genre |
Citations révélatrices
« Le personnel, c’est la politique. » (Mandate for Leadership, p. xv)
« Notre mission est d’assembler une armée de conservateurs alignés, validés, formés et prêts à agir dès le jour 1. » (Mandate for Leadership, p. xv)
« Avec ce volume, nous sommes retournés vers le futur – et au-delà. » (Mandate for Leadership, p. xiv)
En gros
Ce projet ne gouverne pas, il reprogramme. Ce que Trump n’avait pas pu faire en 2017, il est désormais prêt à l’imposer dès les premières heures. Il dispose de ses troupes, de son réseau, de sa doctrine. Ce qu’il propose, c’est un État exécutif débarrassé de toute neutralité. Un appareil de commandement.
Ce n’est pas une rupture soudaine. C’est une réinitialisation méthodique. Agence par agence. Juridiquement habillée. Politiquement assumée.
Project 2025 n’est pas une annonce. C’est un mode d’emploi.