Ce que Trump veut briser, ce que le monde va encaisser
Le premier article posait les fondations idéologiques : reprendre l’État, purger les agences, restaurer la famille comme unité de contrôle, remettre Dieu dans les couloirs de l’administration. Le second acte entre dans ce qui se cache derrière les mots “liberté économique” : la dérégulation totale de l’énergie, des marchés financiers, du commerce mondial, et une stratégie simple mais brutale : inonder le monde de pétrole bon marché, et voir qui tient.
Trump est de retour. Cette fois, il est prêt.
Le plan : déréguler, écraser, dominer
Le cœur du Projet 2025 repose sur une vision radicale du capitalisme. L’État ne doit pas corriger le marché. Il doit s’effacer devant lui. Toutes les institutions indépendantes, tous les garde-fous créés depuis les années 1930, sont perçus comme des obstacles à abattre.

Peinture d’Edward Moran représentant l’inauguration de la Statue de la Liberté
Le principe est simple : laisser l’économie se faire à coups de coudes. Favoriser la concentration des géants. Supprimer les règles. Laisser la compétition écraser les faibles. Et si possible, faire en sorte que les Américains gagnent.
Cette vision se concentre autour de trois leviers : l’énergie fossile, les marchés financiers, et la diplomatie économique.
Cibler, réduire, remplacer : les institutions dans le viseur
Institution ciblée | Objectif stratégique |
Environmental Protection Agency (EPA) | Réduction drastique des normes environnementales, recentrage sur les seuls polluants physiques |
Federal Reserve | Réduction du mandat, fin de l’objectif de plein emploi, recentrage sur la stabilité monétaire uniquement |
Department of the Treasury | Fin des politiques de redistribution, recentrage sur la croissance et le service des marchés |
Export–Import Bank | Abolition pure et simple, jugée comme un outil d’intervention étatique obsolète |
Small Business Administration (SBA) | Réduction des prêts et aides, recentrage sur la méritocratie “pure” |
Consumer Financial Protection Bureau (CFPB) | Démantèlement progressif, jugé inutile et bureaucratique |
“Le Département du Trésor doit revenir à sa mission de base : soutenir la croissance, la prospérité, la stabilité économique.” (Mandate for Leadership, p. 374)
“La Réserve Fédérale n’est ni efficace, ni politiquement neutre. Son mandat doit être limité à la stabilité monétaire.” (Mandate for Leadership, p. 388)
Dérégulation énergétique : un rouleau compresseur
L’un des objectifs centraux est de rendre l’énergie américaine incontrôlable et ultra-compétitive. Cela passe par :
- La suppression de toutes les normes environnementales secondaires (air, eau, climat)
- La remise en cause du Clean Air Act et du National Environmental Policy Act (NEPA)
- L’accélération des permis d’extraction, de forage et d’exportation de pétrole et gaz
- La transformation des terres fédérales en zones d’exploitation
- La criminalisation indirecte des contestations écologistes
Extrait :
“Le DOE [Département de l’Énergie] doit cesser d’utiliser l’argent public pour financer des sources d’énergie préférées. Cela fausse le marché.”
(Mandate for Leadership, p. 339)
Autre extrait, sur les objectifs concrets :
“Le prochain gouvernement devrait éliminer les programmes d’énergie appliquée, y compris la gestion du carbone et les subventions aux énergies renouvelables.”
(Mandate for Leadership, p. 339)
En clair : le solaire peut mourir, le charbon doit vivre.
Le scénario de la surproduction : pétrole comme arme
L’Amérique, grâce à la dérégulation massive de son secteur fossile, pourrait augmenter sa production de plusieurs millions de barils par jour. En combinant pétrole brut, gaz naturel liquéfié (GNL), et charbon, les États-Unis pourraient :
- Saturer le marché mondial
- Faire chuter les prix à 50$ voire 40$ le baril
- Rendre non rentables les alternatives vertes
- Étrangler les pays producteurs concurrents
Cette stratégie vise trois cibles principales : l’Afrique, l’Europe et les États du Sud global.
L’Afrique : fracture budgétaire à venir
La majorité des pays pétroliers africains reposent sur un prix du baril élevé pour financer leurs budgets. Une baisse prolongée provoquerait :
- Chute des recettes fiscales
- Explosion de la dette
- Coupes sociales
- Instabilité politique
Pays les plus exposés : Nigeria, Angola, Algérie, Gabon.
L’Afrique, déjà vulnérable, pourrait se retrouver à la merci de nouvelles offres bilatérales américaines : infrastructures contre soumission.
L’Europe : rupture énergétique et désindustrialisation
L’Union européenne, engagée dans une transition verte lente, serait confrontée à une double pression :
- Le coût de l’énergie propre plus élevé que le pétrole américain
- Le départ des industries vers les États-Unis pour profiter des bas coûts
En parallèle, l’abandon par les USA de toute politique climatique internationale viderait de sa substance le leadership diplomatique européen sur les questions environnementales.
Les projets du Green Deal ? Sabordés par le dumping fossile.
Géopolitique brute : énergie = pouvoir
Cette stratégie transforme l’énergie en instrument de guerre économique. Ce n’est pas nouveau. Mais ici, c’est assumé, planifié, structuré.
- L’arme n’est pas un missile. C’est un baril sous-évalué.
- L’ennemi n’est pas militaire. C’est tout pays qui résiste à l’influence américaine.
- Le message est clair : soit vous achetez notre énergie, soit vous vous effondrez.
Biopouvoir, version fossile
Ce que Project 2025 propose, ce n’est pas seulement une politique. C’est une mécanique de contrôle par la dépendance matérielle : carburant, dette, peur de l’hiver.
Le biopouvoir ici ne passe pas par la médecine ou la surveillance. Il passe par la régulation du sang de l’économie mondiale : l’énergie. Si vous résistez, vous payez plus cher. Si vous obéissez, vous survivez. Rien de personnel. Juste du business.
En bref
Ce que Trump veut imposer n’est pas seulement un style. C’est une stratégie de domination mondiale par le marché, l’énergie et l’absence de règles. Un monde où le chaos est organisé, et où les États-Unis n’ont plus besoin de diplomatie : ils ont des forages.
La question n’est plus de savoir si c’est moral. Elle est de savoir qui va tenir.
Et pour ceux qui pensent que tout cela est exagéré : le manuel est en ligne. Il ne manque que l’électricité pour l’imprimer.