Rappel de l’introduction commune (extrait)
(…)
L’Amérique perd patience. Et comme tous les parents à bout, elle s’apprête à faire ce que font tous les adultes dépassés : instaurer un système. Un système qui n’a plus besoin de convaincre, ni d’expliquer. Un système qui observe, anticipe, corrige. Un système qui voit tout, enregistre tout, prévoit tout.
C’est ainsi que commence l’ère de La Machine.
Stargate : nom de science-fiction, projet d’ingénierie totale
Quand OpenAI annonce en mars 2025 le projet Stargate, la presse parle d’un “super data center”. Le chiffre impressionne : 500 milliards de dollars d’investissement. Mais la formulation reste vague, presque anodine. Comme si l’on parlait d’un nouveau pont, ou d’un métro automatisé.
Ce n’est pas un data center. C’est un lieu de culte algorithmique.
Stargate n’est pas une métaphore. C’est littéralement une porte des étoiles — ou plutôt une porte vers une nouvelle forme de souveraineté. Une souveraineté fondée sur la donnée, le calcul, l’énergie et l’optimisation du vivant. Un temple au service d’une entité cognitive en gestation : l’AGI.
SoftBank, Oracle, Microsoft : les architectes de l’autel
Les initiateurs du projet ne sont pas des philanthropes. On y trouve :
- SoftBank, qui finance à travers son fonds Vision, véritable cheval de Troie géoéconomique du Japon et de ses intérêts stratégiques en Asie.
- Oracle, qui fournit l’infrastructure cloud — sécurisée, centralisée, optimisée pour héberger des modèles d’une complexité massive.
- Microsoft, indirectement connecté via Azure, qui héberge déjà les modèles d’OpenAI.
Et bien sûr, OpenAI, qui développe les cerveaux (GPT-4, GPT-5, Codex, Whisper…) destinés à habiter ce corps planétaire.
Il s’agit donc d’un corps privé-public-hybride, qui échappe à toute régulation traditionnelle. Il n’appartient à aucun État, mais sert tous les États qui acceptent de déléguer leur souveraineté technologique. Stargate n’est pas américain. Il est post-national.
Que contient Stargate ?

Officiellement : des serveurs, des câbles, de l’énergie, des puces.
En réalité, Stargate sera la plateforme unique sur laquelle convergeront :
- Les modèles de langage généralistes (LLM),
- Les systèmes de reconnaissance biologique (voix, visage, empreintes),
- Les bases de données comportementales mondiales,
- Les modèles de simulation du vivant (santé, climat, économie, ADN).
C’est un corps multi-organes, modulaire, extensible, programmable.
Stargate ne se contente pas d’héberger. Il absorbe. Il connecte. Il oriente.
C’est une épine dorsale mondiale pour un nouveau type de gouvernance cognitive.
Pourquoi construire une Machine ?
Parce que la complexité du monde dépasse les capacités humaines. C’est du moins le discours.
Crises environnementales, tensions géopolitiques, épidémies, bulles économiques, migrations massives : autant de phénomènes interconnectés, trop rapides, trop instables pour nos institutions classiques.
La Machine, elle, promet une solution : anticipation plutôt que réaction, optimisation plutôt que débat, efficacité plutôt que représentation.
Mais une question demeure : qui gouverne la Machine ?
Stargate comme organe central d’un État invisible
Le projet Stargate annonce une nouvelle forme d’État. Non plus territorial, mais fonctionnel. Non plus politique, mais algorithmique. Un État sans frontières, sans élections, sans opposition.
Il se compose :
- d’une tête cognitive (OpenAI),
- d’un corps énergétique (Stargate),
- d’un système immunitaire économique (CBDC, voir article 3),
- et d’un système nerveux : les infrastructures connectées à travers le globe.
L’architecture devient organique.
Les data centers deviennent des organes.
Le monde devient un corps à administrer.
Une démocratie dans les câbles ?
La grande ironie de Stargate, c’est qu’il est présenté comme une œuvre de progrès, d’équité, d’accessibilité. Une structure ouverte pour que le monde bénéficie des avancées de l’IA.
Mais l’infrastructure, elle, est fermée. Contrôlée.
Les flux sont unidirectionnels. Les décisions, centralisées.
La transparence est partielle. La gouvernance, opaque.
Stargate est un espace sacré dans lequel les citoyens n’entrent pas.
Ils alimentent le système sans jamais le voir.
Ils sont l’énergie, pas les utilisateurs.
Le monde comme puce
Avec Stargate, l’AGI ne sera pas seulement hébergée.
Elle sera protégée, nourrie, entraînée, connectée au monde réel.
C’est la naissance d’un État technique, qui ne se revendique pas comme tel, mais qui agit, pèse, influence comme un super-gouvernement silencieux.
Dans le futur, on ne votera peut-être plus.
On obéira à des “recommandations personnalisées”.
On ajustera nos comportements à des “niveaux de confiance”.
On ne contestera pas : on s’alignera.
Le temple est presque prêt.
Le dieu n’a plus qu’à s’installer.
Dans le prochain article : comment l’argent programmable et la biopolitique vont servir de sang à cette Machine.
Un sang fait d’informations, de scores et de désirs calibrés.
On y va ?